MARATHON CLUB DU GRAND CENTRE

             "Des pigeons d'exception pour des hommes de passion"

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C’est un coup de maître qu’a réalisé, sur Assen cette saison, la 077062/2014 de Philippe Beau en remportant le 1er semi-national Assen 2018. La victoire semblait pourtant acquise à Thibaut Enguerrand – 801 km sur Assen, propriétaire du seul pigeon le soir même de la zone marathon (plus de 731 km).

Pourtant, il n’en fut rien, car à 6h50 le lendemain, était officialisée à Couhé (F-86) la 077062/2014 pour 875 km. Bonne pour une vitesse de 881,366 mpm, elle devançait ainsi d’un peu moins de 3 petits mpm le super yearling de Thibaut (879,792 mpm). Une victoire dans un mouchoir pour une course marathon d’anthologie.


Un Assen pour les durs

Cette année encore Assen aura été une course où la chance n’avait pas sa place pour espérer figurer au tableau. Un contingent restreint (même si satisfaisant vu le contexte régional) qui doit se répartir sur environ un tiers central de la France, avec un vent à décorner les bœufs sur quasi tout le parcours. Là, il faut avoir les qualités d’orientation, les qualités physiques, et un mental à toute épreuve. Il faut LE pigeon. En l’occurrence, il fallait LA pigeonne, puisque c’est une dame, et pas n’importe laquelle qui rafle la mise.

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LA pigeonne : 077062/14

Le jour où, au printemps 2014, Philippe Beau a enfilé la bague 077062/2014 à la patte du jeune qui est devenu la perle qui la porte encore en ce moment, il n’a pas perdu son temps. Une bête comme ça, vous pouvez passer une vie à enfiler des bagues pour en trouver une. Il faut commencer par le début, elle, a l’origine qu’il faut : elle est la dernière représentante de la lignée Florizoone chez Philippe. Le reste de la colonie est basé sur ce qu’il est possible de jouer par ici habituellement, donc la vitesse et le demi-fond. Cette lignée de Florizoone, donnée par un copain voici 15 ans, était en voie d’extinction au colombier, car moins adaptée au programme proposé. Hors, il s’est avéré que cette demoiselle était compétente dès les courtes distances, même si plus la distance avançait, plus elle était ‘tôt’. Non seulement est sait faire quasi toujours prix, mais elle le fait avec brio puisqu’elle vient en tête : avec par exemple des classements comme ceux-ci : 3/1116 p Saran 2016, 6/1116 p Troyes 2016, etc . Ceci lui valut d’être conservée dans l’équipe de jeu, et de figurer parmi le lot de 12 pigeons que Philippe Beau allait tester sur Assen en 2017. Seul pigeon avec les origines adaptées vraiment, âgée de 3 ans, elle fut seule à rentrer dans les clous, mais pas les clous de fond de chaussette : sur ce Assen 2017 qui subit un vent contraire violent du point de lâcher jusqu’au nord parisien, et où le premier en marathon est à 901 mpm, elle se hisse à la 3ème place du classement marathon (4ème semi-national). Cette année, avec un lâcher plus matinal et à nouveau des conditions dantesques, elle l’emporte, tout simplement, non seulement en marathon, mais aussi au semi-national, que peut-on souhaiter de mieux comme performance ? Mieux commence à être difficile à faire, 2 tests, 2 podiums dont une victoire. La barre est pour le moins haute à franchir.

Cette année, après 2 Châteaudun (220 km), elle avait entamé sa saison le 11/05 avec un St Just en chaussée (329 km), où il fallut passer sous l’orage pour finir d’arriver. Le Arras (488 km) du 10/06 qui suivi devait à nouveau voir le fond du rayon, où se situe Couhé, passer sous l’orage pour finir la course ; la 062 se classait néanmoins à la 129ème place fédérale. Le 23/06, le temps était plus adéquat pour tous sur un Oudenaarde (563 km) ; elle y empochait une 3ème place fédérale. Par contre, à nouveau le 7/07 le fond de rayon allait dérouiller sur Saint Job n’ Tgor (657 km). La 062 en revient à 18 heures, soit deuxième au colombier… 3 heures après le premier de Philippe. Suite à cette nouvelle purge (Philippe laisse cette saison tout de même 25 des 32 pigeons de plus de 3 ans présents en mars), la 077062/14 aura droit à 3 semaines de repos pour être lancée depuis Assen (875 km), où elle partira sur un jeune de 2 jours pour le résultat que l’on sait. Après 3 courses très limite donc cette saison, elle réussit à s’imposer sur un Assen de plus exigeant.

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La colonie

On ne peut parler de la colonie sans mentionner que notre ami a été champion du monde colombophile en 2015 à Arad (Roumanie). Un petit film a d’ailleurs été tourné récemment à ce sujet sur ‘You tube’, que vous pouvez consulter.

Revenons à Couhé : 10 couples de reproducteurs sont présents ici. Au-delà du reliquat d’origine Florizoone précité, des pigeons Roodhooft (B), Vandenabeele (B), Batteur (B) et de la station Natural (B) peuplent les installations.

De ces reproducteurs accouplés en décembre, seront tirés 70 à 80 jeunes annuellement. Ceux-ci seront pour la plupart uniquement entrainés aux 4 points cardinaux. Seule une dizaine environ sera réservée pour la compétition.

Les 50 à 70 yearlings restant seront démarrés dès le début de saison et joués au naturel, jusque maximum 400 km. Il leur faudra faire une moyenne de 4 prix sur 6 engagements pour passer en classe supérieure.... si les rapaces ne les ont pas stoppés avant, car ici aussi ce fléau sévit durement.

Les deux ans feront eux tout le programme ; il leur sera demandé le même niveau de résultat, soit 2 tiers de prix.

Les voiliers plus âgés (3 ans et plus) devront eux se maintenir à une moyenne de 5 prix sur 6 engagements, jusque l’âge de 5-6 ans. Ils sont joués au naturel et accouplés fin mars début avril. La méthode est assez simple, puisqu’ils peuvent couver leurs œufs jusqu’au bout. Les jeunes sont par contre enlevés les tous premiers jours, dès qu’utilisés pour le moment de l’enlogement. Ensuite, ce sera reparti pour une autre ponte et ainsi de suite. Ce système ne semble pas faire trop avancer la mue, ce qui permit cet exploit sur Assen fin juillet sur 5 plumes. Suite à la saison, ils n’ont pas non plus droit d’élever.


Nutrition - produits

Ici pas de complication, confiance est totalement faite à une firme : Beyers®.

Hors saison de jeu, le mélange est adapté à la saison : mue, élevage, hiver. Pendant la mue et l’élevage, les pigeons sont nourris à volonté. Pendant l’hiver par contre, les mois précédents la saison (février-mars), le ‘dégraissage’ des voiliers commence, avec 2 repas de 15 grammes par jour.

Pour la saison, les voiliers sont ensuite nourris au ‘sport light’, avec, les derniers jours du ‘sport Galaxy’. Cet apport est modulé suivant le vent annoncé, et donc l’effort que les pigeons auront à fournir. Il serait contre-productif de trop charger les réservoirs avec du carburant inutile au trajet retour. Globalement, est suivi le schéma de nutrition édité par la firme Beyers. Quand la distance allonge, et selon le vent contraire annoncé, est rajouté aussi du ‘sport Energy Galaxy’ ou/et du mélange ‘ Energy’. Le ‘Longue distance TT’ est fourni pour les longues distances, additionné d’Energy’. Excepté en fin de préparation, où il faut charger les soutes, le reste de la semaine, les pigeons sont rationnés. En sportifs de haut niveau qu’ils sont, ils ne peuvent être gras.

Côté produits complémentaires, lisez le schéma Beyers, vous aurez ce que notre vainqueur 2018 utilise à la lettre. En professionnel avisé dans sa partie, il fait confiance aux gens compétents dans ce domaine spécifique.

Les traitements commencent en début de saison par une trilogie ‘Vers- trichomoniases- coccidioses’.

Ensuite, suivant les conditions météorologiques vécues par les voiliers (notamment humidité), seront réalisés lors des retours de courses à 2 nuits de paniers (tous les 15 jours) un rappel ‘tricho-coccidiose’.


Bagues GPS

De chaque amateur qui gagne il y a les leçons à tirer que l’on veut bien décrypter, sur sa façon de gérer, ses retours d’expériences, etc. Ici, en prime, nous est offert un bonus particulier car notre ami a voulu répondre aux questions qu’il se pose sur nos chers oiseaux avec pragmatisme. Plutôt que de se contenter de raisonnement parfois plus qu’empiriques, il a investi dans un lot de 5 bagues ‘GPS’ pour tenter de comprendre un peu ce qui se passait entre le panier de concours et le colombier.

Pour que les essais se fassent dans de bonnes conditions, des bagues factices ont été placées environ un mois avant les entrainements aux pattes des pigeons concernés pour qu’ils s’adaptent. Chaque bague pèse 8 grammes et présente un encombrement non négligeable en terme de volume. Il a eu la chance de poser les bagues sur des pigeonneaux qui allaient bien voler ensuite, ce qui donne un caractère encore plus instructif à l’expérience.

Sans rentrer dans les détails, il a pu en tirer des enseignements intéressants :

- Les pigeons qui viennent en tête, font moins de détours que les autres ; ils sont plus frais - ce que l’on remarque souvent - donc parce qu’ils font simplement nettement moins de kilomètres.

- Certains pigeons peuvent passer à 1,5 km de leur colombier pour partir plusieurs kilomètres plus loin et pointer leur bec un bon moment plus tard. Ils sont donc parfois vraiment bien plus proches de l’arrivée qu’on se l’imagine et pourtant repartent ailleurs, pour arriver bien après, fourbus par l’effort.

- Lors d’une première confrontation avec une masse qui suit une autre ligne, souvent les pigeons vont suivre la ligne de ‘la masse’. Ensuite les oiseaux vont venir de façon plus directe.

- Le vent a un rôle prépondérant dans les écarts que vont opérer les oiseaux sur le trajet retour.

- Un pigeon qui n’est pas en condition va plus suivre la masse et se poser, quand bien même il a pu venir très tôt à plusieurs reprises avant. Ne pas mettre un pigeon que l’on ne sent pas en condition semble ainsi judicieux.

- Les oiseaux ont une tendance certaine à suivre des repères ‘linéaires’ concordant à leur trajet retour : fleuves, rivières, autoroutes


Epilogue

Voici donc pour le récit concernant l’exploit qu’a pu offrir l’exceptionnelle 077062/14 à son heureux propriétaire. Quelle joie de contempler dans ses installations un tel joyau. Au-delà de la victoire semi-nationale sur Assen, il peut se réjouir de la répétition de telles performances. Une fois peut être un coup de chance, quoiqu’assez peu probable dans ces conditions de vol ; 2 coups d’éclat de suite, c’est le signe de la classe vraie, celle sur laquelle on peut compter, et sûrement bâtir l’avenir, d’autant qu’elle a l’origine adéquat. Nombre de colonies championnes se sont construites ainsi, avec un exceptionnel oiseau comme base.

Il est donc plus que tentant de passer la 062 en reproduction, car un tel oiseau risque fort de rafler la mise à nouveau l’an prochain si elle est rejouée. Tout dépendra finalement de dame nature : si la météo 2019 ne s’annonce pas propice, elle sera conservée au colombier de reproduction. En chef d’entreprise compétent, notre ami ne se laisse pas griser par le succès, et reste raisonnable. Il n’est pas histoire de tenter le diable avec un tel oiseau. Cependant, peut-être, si la météo de début de saison 2019 est clémente, parlerons-nous dans un an de la consécration d’une ‘légende’ à plumes…

Rendez-vous est donc donné en 2019 pour essayer de rivaliser avec la désormais fameuse 077062/14. Gros challenge en perspective pour les amateurs du grand centre France pour l’an prochain, il va falloir trouver un crack à sa taille pour la devancer, et ça, ça ne court pas les rues.

Souhaitons à Philippe Beau beaucoup de plaisir à venir lors des veillées de courses marathon, ou les matins de bonne heure, que ce soit avec sa merveilleuse femelle ou ses descendants à venir ; bravo, bon vent,


David Chassagne, octobre 2018