MARATHON CLUB DU GRAND CENTRE
"Des pigeons d'exception pour des hommes de passion"

Le chanceux de Christian Girard


Le 31 juillet 2015, tout près de Jarnac (16 - Charente), à Jarnac-Champagne pour être précis, il est 19 heures 21 minutes et 19 secondes quand le pigeon matricule 335607 de 2012 passe sur la planche électronique de son colombier.

Il vient, après 13 heures et 6 minutes d’efforts de parcourir les un peu plus de 969 kilomètres entre la ville de Assen au nord des Pays Bas, et son colombier natal charentais.


Magnifique seconde place

Pour sa première participation au Assen MCGC, Christian Girard n’a pour le moins pas été ridicule : avec une vitesse moyenne de 1233 mpm, son voilier se hisse à la seconde place du contingent semi-national, juste derrière la femelle victorieuse du sympathique Pierre Catez, intouchable ce jour-là, et juste devant le très constant en tête des résultats Richard Coutelet, et sa super femelle 541/12 (3ème ‘Osnabruck-Amsterdam’2016 et 3ème ‘Assen’ 2016). Avec ses 200 kilomètres de plus à parcourir, il a donc su faire sa place au milieu du top, et parler de magnifique seconde place n’est pas une gageure.

Il engrange d’ailleurs une confortable avance sur les autres concurrents des longs points du contingent, puisqu’à ces distances, son plus proche concurrent n’est autre que le fameux ‘Osnabrück 526’ de Patrick Métayer, constaté 6 bonnes minutes après pour 28 kilomètres de moins...

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335607/2012

Ce mâle, le seul présent sur le podium de cette édition, puisque les deux autres places sont occupées par les femelles précitées, a pour arrière-grand-père un extra pigeon de demi-fond (12 x 1er) offert spontanément par Maurice Besse, lors de la première visite de Christian chez cet illustre serviteur de la cause colombophile. La mère est, elle, de la lignée d’une femelle meunière direct ‘De Norre’ (B), perdue en Charente et que Mr De Norre a donné, demandant juste des nouvelles sur les résultats des descendants. Le hasard fit bien les choses, car cette meunière fit souche, ses descendants se montrant très présents en tête des résultats (notamment un premier prix sur Amsterdam 2005).

Gaspillage

Comme bon nombre de pigeons n’ayant jamais été testés à des distances suffisamment longues pour laisser éclater leur classe au grand jour, le 607 aurait bien pu finir entouré de petits pois. Ce n’est en effet pas un sprinteur, il avait jusqu’ici fait de la figuration, faisant ses prix, mais sans plus. Uniquement aligné jusqu’alors en courtes distances, il n’a guère fait que flotter à la limite des prix, s’y maintenant tout de même avec une certaine constance, d’un côté ou d’un autre. C’est là aussi que le système de sélection de Christian prend toute son utilité : un tableau où un prix apporte une croix, une proximité de la zone des prix un carré. Ainsi, quand est arrivé l’heure du bilan en fin de saison, vous pouvez faire un distinguo entre un pigeon qui arrive désespérément régulièrement trop tard et celui qui manque juste un peu de pointe de vitesse pour cause probable de distance trop courte. Notre ami est convaincu que nombre de voiliers qui pourraient briller sur des distances importantes sont gaspillés et passent à la casserole. Est-il utile de rappeler qu’un marathonien n’est pas le plus efficace en demi-fond et qu’une majorité de super cracks de grand fond ne valent pas tripette en dessous de 800 voir 1000 kilomètres. Aucun champion longue distance ne sélectionne ses voiliers sur des 500 kilomètres. La meilleure preuve de ceci n’est-elle pas l’exploit du 607/12, qui, avec ses petits prix, malgré sa constance en limite de ceux-ci aurait bien pu ne jamais finir second sur ce semi-national de Assen mais juste premier dans la casserole.

 

‘Le Chanceux’

Quand Christian m’a dit au téléphone que son pigeon allait être appelé ’le chanceux’, je me suis dit qu’il ne pouvait tout de même pas être modeste à ce point, d’autant qu’il est un habitué des jolis résultats. Non non, ce n’était en aucun cas du mépris pour la magnifique prestation de son 607, mais bien parce que de chance, il en est question dans la vie de ce pigeon...

Nous l’avons vu, sa vie, son enlogement sur Assen n’est dû qu’au tableau de sélection et au bon sens de son manager. Mais parfois, la célébrité ne fait pas tout, c’est ainsi que cet automne, de retour d’une remise de prix, notre ami se rend compte en se garant chez lui qu’un épervier est en train de faire d’un de ses pigeons son dîner. Le temps de réaliser, les plumes continuent de voler et le festin prend tournure. La colonie Girard connait un décès sans aucun doute, car visiblement le casse-croute est bien entamé. Finalement le nuisible prend la fuite et le cadavre supposé se relève pour trouver refuge sous un arbuste du jardin. Un verre de plus, une accolade supplémentaire et s’en était fait du...607/12 et oui, encore lui ! Allégé d’un peu de muscle, de plumes et de peau, mais toujours là ! Il s’en est fallu d’un cheveu quand même et ceci va lui coûter sa carrière de sportif. Mis en invalidité, il va maintenant assurer l’avenir de la colonie. Espérons pour Christian que vous allez, dans les années à venir, à nouveau écouter parler du Chanceux, comme père ou grand-père de pigeons de tête de nos courses marathon…

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L’homme

Derrière le voilier, il y a le manager. Ce jeune sexagénaire, vendéen d’origine, est un homme de la terre, avec tout ce que ceci peut représenter de capacité d’observation, de bon sens, de pragmatisme. Indépendant de métier, il est indépendant, sait s’investir, innover, entreprendre.

Fatigué de certains comportements, il a fait le choix de ne pas subir. Plutôt que d’abandonner, il a opté pour l’initiative, et est devenu le président dévoué du Club de l’Amitié, intégrant ainsi l’équipe autour de son copain et mentor colombophile Maurice Besse. Christian admire en lui une grande générosité pour la gente colombophile ; ainsi, de très nombreux coulonneux se sont vu offrir spontanément, comme lors de sa première visite, des oiseaux de qualité. Dernièrement, complété de Robert Tardy, ces amis ont accompagné notre Gérard Depardieu national dans le tournage du film ‘La tête en friche’ de Jean Becker. Cette participation agrémentée de 19 pigeons a rapporté à leur club la bagatelle de 7 000 euros. Ce groupe d’amis est aujourd’hui à la tête d’une formidable structure (4 véhicules et la bagatelle de 350 paniers de transport...) pour le jeu de demi-fond en pays charentais.

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Ainsi l’énergie n’est plus perdue en querelles et réunions houleuses (où l’on perd des amateurs), mais est utilisée à créer, entreprendre (où l’on gagne des amateurs).

Il a repris des pigeons dans les années 2000, et le jeu en 2002. Pas d’achats coûteux, des pigeons pris suite au décès d’un amateur local (Mr Frappet), de son ami Michel Largeteau également, sans oublié la meunière De Norre. Les années se sont ainsi succédées, avec encore un premier prix sur Bruxelles en 2010 et une bague en argent la même année. En 2012, le programme étant quasi exclusivement composé de demi-fond, il va investir avec succès des pigeons de chez Rik Ceuster, champion dans cette catégorie.

D’amitié, il est aussi question avec la présence dans la colonie actuelle de la lignée du Tarzan du champion de France 2005 d’Etalondes (F-60) : Gérard Laurent, un ‘chic type’.

Il est un convaincu de la nécessité de se spécialiser dans une catégorie définie pour pouvoir se faire plaisir raisonnablement. La montée du niveau de jeu et le temps nécessaire pour jouer à bon niveau, si l’on veut garder un peu de temps pour des activités professionnelles ou simplement la vie de famille impose cette évolution. Cette évidence s’impose petit à petit de toute façon, malgré le manque de lucidité de bon nombre de dirigeants actuels. Il faudra bien un jour réaliser que le temps de nos parents est fini, que les choses ont évoluées.

La colonie

12 couples de reproducteurs assurent l’avenir et fournissent une centaine de jeunes par an. A noter que cette année, des jeunes seront élevés hors de voyageurs également.

20 couples de voyageurs seront exploités en demi-fond, alors que 9 autres paires de voiliers seront eux préparés pour les courses marathon.
Ils seront joués au naturel jusque fin mai. Ceci pour avoir des pigeons pas ‘sur-motivés' pour les premières joutes, où ce calme pourra leur garder la tête froide et limiter la casse en cas d’éventuelle catastrophe. C’est souvent dans ces moments que de très bons pigeons sont égarés définitivement.

Ensuite c’est le veuvage total qui est utilisé pour les mois de juin et juillet, lors des belles épreuves.

Le management

Les pigeonneaux sont joués sur le programme du club de l’amitié, sur la ‘ligne Nord’, beaucoup plus sélective. Ils iront jusqu’à plus ou moins 540 kilomètres, et ne sont donc pas épargnés. Cette ligne nord est adoptée car beaucoup plus sélective ; ceci évite des désillusions en yearlings et donne des oiseaux déjà adaptés aux concours à venir sur la ligne du nord, où tous les oiseaux ne résistent pas.

Les yearlings vont suivre le programme jusqu’à Auby (540 km).
La sélection se fera sur base des prix, et grâce au tableau susmentionné, seront prises en compte les arrivées très proches des prix pour détecter des oiseaux plus adaptés aux longues distances. Cette catégorie de pigeons (9 couples pour 2016) seront préparés sur le programme, via des courses jusque +/- 400 km.

Pour le reste, c’est gestion au feeling ; cette année, les pigeons seront tous accouplés courant janvier, vont élever un jeune et être séparés vers le 14ème jour pour éviter la reponte et finalement un déclenchement trop hâtif de la mue. Ils seront ensuite ré-accouplés début avril puis passés au veuvage sur des œufs de +/- 5 jours.

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Nourriture, traitements

En homme de la nature, notre champion agit au ressenti, avec pour objectif d’avoir le moins de contraintes possibles. Il va moduler les rations en fonction de la météo, des efforts fournis, de l’état corporel de ses voiliers, leur attitude.

En hiver, c’est un mélange élevage de base, auquel est additionné 50% d’orge de qualité. Ce mélange léger sera donné jusque 250 km lors du début de saison. Un mélange sport sera ajouté ensuite les jours précédant une course sur 1, 2 ou 3 jours selon les distances à parcourir, la difficulté annoncées et la ‘tenue’ des oiseaux. Ce feeling visuel est très important pour notre ami ; issu de générations de vendéens maîtrisant l’engraissement des animaux, il suit son instinct.

Côté traitements, il travaille ainsi beaucoup avec les plantes du jardin (thym, ail, oignons,...) pour amener aux pigeons ce qu’il leur faut. Comme beaucoup maintenant, il essaye de ne pas tomber dans la folie des traitements à tout va. Voici un an, il est monté avec des amis en Hollande chez un vétérinaire spécialisé, pour voir, essayer. Il ne fut pas déçu du voyage, et revint avec des boites de traitement car il fallait traiter absolument. Les boites sont restées pour la plupart dans le sachet et l’expérience ne fut pas renouvelée.

A signaler que la trichomonose n’est ainsi que très peu traitées en saison, les vers sont eux tenus de temps en temps éloignés de la colonie. La faiblesse côté santé n’est pas permise ici, et les maladifs sont éliminés, de même que toute la lignée s’il s’agit d’un reproducteur ou si les problèmes sont récurrents au sein de la fratrie.

Depuis 2015, il utilise aussi les prébiotiques du Dr Duchatel avec qui il a lié amitié lors des journées d’informations organisées par le club de l’amitié à Jarnac (le 19 mars 2016 cette année). Un apport des ces prébiotiques est fait pendant une dizaine de jours en entame de saison, puis renouvelé 3 jours par semaine. Les fientes semblent plus sèches, plus nettes. Il se penche également sur les effets prometteurs du curcuma (coccidiose, mais pas que...). La betterave rouge attire aussi son attention, les résultats constatés pour les chevaux (une autre grande passion) le pousse à se pencher sur cette plante. C’est aussi ça qui fait la beauté de notre sport, ce côté management, recherche perpétuelle du petit truc qui va aider à performer. Que serait la vie sans piment, sans projets ?


Betterave, curcuma, prébiotiques, chanceux...

A quoi allez-vous penser la prochaine fois que vous allez lire en haut du classement d’Osnabrück ou d’Assen le nom de Christian Girard ? Lequel de ces mots vous viendra à l’esprit ?

Vous allez sans doute le découvrir dès cette année 2016, car c’est maintenant à la tête d’une équipe de 9 couples de voiliers que notre ami va aborder nos épreuves grand fond.

Ne serait ce pas une belle histoire que celle d’avoir à lire la victoire ou la place sur le podium d’un oiseau descendant du ‘Chanceux’ dans les années à venir ? C’est aussi l’espoir d’une belle histoire qui fait que le rêve entoure notre vie pour la rendre un peu plus jolie.

Sans rêves d’exploits, sans belles histoires, sans amitié surtout, notre sport ne vaudrait rien. Pour ce début d’année 2016, que souhaiter de mieux à notre ami Christian Girard que le début d’une belle histoire autour de son ‘Chanceux’ ? Que loin des petits pois demeure sa lignée, mais que lui soit profitable la betterave et le curcuma !


Bon vent pour cette nouvelle année et les prochaines, à bientôt,

David Chassagne Janvier 2016

 

Article Journal "Sud-Ouest"